EDITORIAL DE BISI SILVA

Les Rencontres de Bamako explorent les relations complexes et protéiformes entre les images et le Temps. S’inspirant à la fois de la riche tradition orale du Mali et des bouleversements récents de ce pays, cette nouvelle édition interroge les procédés utilisés par les artistes pour raconter leurs expériences, réelles ou imaginaires, du temps. Par cette chronique des différentes manières dont les artistes s’emparent des liens imprévisibles et substantiels entre l’action politique, l’expérience sociale et l’expérience esthétique, Telling Time, ou « conter le temps », offre une multiplicité de perspectives permettant de mesurer le rôle de convoyeur des pratiques photographiques en Afrique des Rencontres de Bamako.

Historiquement, les images photographiques ont régulièrement été interprétées comme des réfractions illustrant les relations entre le Temps et l’espace, servant d’arguments visuels pour démontrer les particularités d’une réalité donnée. Dans ce contexte, Telling Time propose un éventail diversifié de projets où l’œil photographique bouleverse et reforme des interprétations du Temps à travers les discrets interstices du passé, du présent et de l’avenir. Les artistes réunis utilisent la photo, le film, la vidéo ou l’animation pour construire des visions du temps fragmentées, disjointes ou récursives par nature, comme autant de façons de raconter les histoires, les expériences et les désirs. Tandis que des artistes comme Malala Andrialavidrazana, Seydou Camara et George Mahashe utilisent des archives pour questionner les traditions culturelles et historiques, le Groupe Perinium, George Senga, Aboubacar Traoré ou Mudi Yahaya déploient des stratégies de reconstitution et proposent des récits qui réinventent des futurs possibles.

Le concept du Temps en Afrique a fait l’objet de nombreux débats populaires et philosophiques portant sur les retards technologiques, les questions de temporalités coloniales liées à la montée du capitalisme, ou encore avec les interventions des mouvements de libération dans leur rôle de déconstruction du temps colonial, portés par des projets de liberté, d’indépendance et de développement identitaire et civique. Cependant, les artistes sélectionnés resituent ces débats et ces histoires comme étant incomplets, en cours d’écriture, grâce à des enquêtes de terrain sur les récents conflits sociopolitiques. C’est le cas d’artistes tels que Jean-Euloge Samba ou Hippolyte Sama. C’est ce que l’on voit dans les travaux sur l’urbanisme et l’architecture de Helga Kohl, Filipe Branquinho et Simon Gush.

Présentant une sélection de 39 artistes dans l’exposition panafricaine suite à un appel à candidatures international, les Rencontres de Bamako proposeront également plusieurs monographies et expositions thématiques ouvrant des possibilités discursives autour de la notion du Temps. D’autres projets rendront hommage à cette 10e édition de la Biennale. Nous découvrirons par exemple les pratiques photographiques lusophones. Un programme d’ateliers et de table-rondes sera également proposé.

Bisi Silva, Directrice artistique
Antawan I. Byrd, Commissaire associé (Publications et projets spéciaux)
Yves Chatap, Commissaire associé (Exposition et projets spéciaux)

Institut Français
Ministère de la Culture de l’Artisanat et du Tourisme du Mali
© RENCONTRES DE BAMAKO