Présentation

Afrotopia

La 11ème édition des Rencontres de Bamako s’inscrit dans un momentum inédit. L’Afrique bénéficie d’un engouement occidental que ni les terrorismes, ni les conflits sociaux politiques et militaires ne semblent venir ébranler. Dans le même temps, partout sur le continent africain, une nouvelle génération de penseurs et d’activistes culturels renouvelle les grilles de lecture et prend le pari que, armée d’outils conceptuels adéquats, l’Afrique peut être source de solutions. Partie prenante de ce mouvement, les artistes contribuent par leurs gestes artistiques à façonner les nouveaux imaginaires d’un continent en profonde mutation.

Choisir d’intituler cette édition Afrotopia, en écho au livre de l’intellectuel sénégalais Felwine Sarr, relève de la volonté d’inscrire cette biennale historique et pionnière pour la photographie, dans ces nouvelles dynamiques panafricaines, de les accueillir et d’y contribuer. A travers le titre-manifeste Afrotopia, cette édition choisit ainsi d’invoquer une contribution africaine dans un monde qui impose d’inventer les ressorts du futur.

Franz Fanon écrit dans Les Damnés de la terre « Si nous voulons que l’humanité avance d’un cran (…), alors il faut inventer, il faut découvrir ». Tel est le projet de la prochaine édition, conçue comme un chantier qui propose aux artistes d’inventer avec leur langage, celui de l’image, de nouvelles traversées du temps présent, de voir ce que le réel montre, comment il se manifeste et ce qu’il contient.

C’est autour de ce chantier du contemporain que se construit le projet artistique. Cet exercice exigeant dans le cadre d’une biennale nous a invité à en repenser ses enjeux et ses objectifs, à travers une dynamique collaborative par la mise en place d’un comité de conseillers curatoriaux et dans un esprit participatif restituant aux artistes un espace actif de parole.

Pour l’exposition panafricaine, projet artistique central de la biennale, nous avons choisi avec l’aide du comité de conseillers curatoriaux, parmi les 300 candidatures de qualité qui nous ont été proposées, 40 propositions critiques et engagées qui témoignent des problématiques actuelles du continent africain.

Les expositions imaginées avec des commissaires invités forment un ensemble cohérent et approfondissent les thématiques ou questionnements des artistes de l’exposition panafricaine. Nous envisagerons les résurgences de l’histoire dans les réalités contemporaines avec l’exposition monographique consacrée à James Barnor et proposée par Clémentine de la Ferronière. Nous recontextualiserons l’impact de la musique africaine depuis l’ère des indépendances grâce au projet de Justin Davy. Il s’agira de bousculer les temporalités et les lignes de failles avec l’exposition sur le thème de l’afrofuturisme confiée à Azu Nwagbogu. Dans l’exposition qui lui a été confiée, Nathalie Gonthier témoignera des questionnements liés aux identités insulaires envisageant ainsi la problématique des marges.

En résonnance avec les questionnements ouverts par les propositions artistiques des différentes expositions, nous nous attacherons à développer les productions immatérielles nourries par les Rencontres entre artistes et professionnels. Le Musée National du Mali, au cœur de ce nouveau dispositif des rencontres, devient le Village de la biennale. Nous y ferons Forum autour de la parole et des gestes des artistes en proposant des espaces de réflexion collective et de partage des savoirs, aux formes libres et ouvertes à la pluralité des disciplines avec des intervenants issus de tous les champs de la pensée et de la création - philosophes, poètes, musiciens, historiens, sociologues, écrivains …

Trois sessions du Forum, auront lieu durant les journées professionnelles dans un espace spécialement conçu au Village de la Biennale et selon un programme quotidien lors de la semaine d’ouverture. Des masterclasses et des projets spéciaux tels qu’un espace éditorial, autour des pratiques photographiques et des nouvelles images viendront compléter un dispositif favorisant le mouvement de la réflexion.

Une attention particulière a été portée à l’ouverture et au partage avec le public malien. Tous les sites d’expositions choisis pour cette édition permettent des visites scolaires organisées durant les deux mois de la biennale dans le cadre du programme pédagogique. La biennale ira également à la rencontre d’un public qui n’a aucun accès à l’art grâce à Ciné Mobile, un projet artistique et convivial, inspiré par le cinéma itinérant et les projections en plein air. Conçu avec la complicité de Anna-Alix Koffi, sous la forme d’une projection accompagnée musicalement, Ciné Mobile présentera dans l’espace public offert par les places de différents quartiers, une sélection de photographies présentées dans les expositions de la biennale.

Enfin, nous nous réjouissons de la mobilisation des galeries, des espaces associatifs et des activistes culturels pour la préparation d’un Off qui rayonnera avec la biennale dans toute la ville de Bamako.

Penser l’Afrotopia, tel que le propose cette édition, c’est réinvestir les imaginaires avec les artistes et produire l’occasion d’une expérience de l’en-commun qui puisse contaminer et s’étendre.

Marie-Ann YEMSI
Commissaire

Institut Français
Ministère de la Culture de l’Artisanat et du Tourisme du Mali
© RENCONTRES DE BAMAKO