202 THABISO SEKGALA

THABISO SEKGALA
Hommage (1981 – 2014)

Une image montre une chaise en plastique et une petite table usée par le temps au milieu de la rue. Une autre photographie présente un plat rempli d’oranges qui attendent d’être pressées. Et dans une troisième photographie, une voiture est là, immobile, garée dans une rue en pente. Où sont les corps qui ont jadis occupé ces espaces ? Autant de questions sans réponses qui reviennent dans le dernier travail de Thabiso Sekgala, Running, une trilogie composée d’images carrées en noir et blanc ou en couleur. Le projet prend place dans les villes dans lesquelles Sekgala a passé des périodes plus ou moins longues en tant qu’artiste en résidence en 2013 : Running Bulawayo, Running Amman, et Paradise, réalisé à Berlin.

En intitulant son projet Running, l’utilisation que fait Sekgala du gérondif met en évidence un perpétuel mouvement qui s’éloigne ou se rapproche de quelque chose ou de quelque part, bien que certaines de ces images compliquent cette idée car elles communiquent la notion d’immobilité. Par exemple, des images de Sekgala de Amman, pleines de routes vides et de bâtiments abandonnés, transmettent à la fois un sentiment de mouvement et d’immobilité à cause de la situation géographique de cette ville, proche du Liban, d’Israël, de l’Irak et de la Syrie, des lieux tourmentés par l’embrasement sociopolitique. Dans des situations si précaires, on semble maintenu entre l’attente qu’il se passe quelque chose et la crainte qu’il ne se passe rien du tout.

Les préoccupations de Sekgala liées au lieu et au temps transparaissent dans son travail, comme c’est également le cas, la plupart du temps, pour l’absence de personnages. Influencé par les photographies documentaires des sud-africains Santu Mofokeng (1956–) et David Goldblatt (1930 –), le style qu’affectionne Sekgala, à la limite de la photographie documentaire et de la photographie conceptuelle est visible dans la plupart de ses précédents travaux comme le célèbre projet Homelands (2012). Dans ce travail, l’artiste documente les espaces désertiques du paysage réservés à la majorité noire pendant l’Apartheid, dévoilant des conditions de vie dont l’impact social reste encore présent aujourd’hui.Dans sa quête photographique, sa recherche d’en- droits différents, Thabiso Sekgala aurait pu penser, pour citer les paroles de la chanson de Gil Scott-He- ron « Il est plus facile de courir / plus facile que de rester et de se rendre compte que vous êtes le seul ... à ne pas avoir couru. » De Bulawayo à Berlin, la photographie de Sekgala nous offre des éclairs de mouvement au fil du temps, comme pour laisser un héritage qui durera pour toujours.

Né en 1981 à Johannesburg, Afrique du Sud –
Mort en 2014

Institut Français
Ministère de la Culture de l’Artisanat et du Tourisme du Mali
© RENCONTRES DE BAMAKO