Casablanca, l’intarissable source d’inspiration du photographe Youssef Lahrichi (1)


Par Roxana Azimi
LE MONDE Le 02.11.2015 à 11h11 • Mis à jour le 04.11.2015 à 11h34

Dans une Biennale marquée du sceau de l’incertitude aussi bien politique qu’économique – l’Etat malien n’a donné les 130 000 euros promis que trois semaines avant le vernissage –, le sentiment de flottement domine jusque dans les cimaises. Effets de transparence, jeux de dédoublements, spectres du passé en maraude ou présent fantomatique reviennent en leitmotiv dans les photos choisies par les curateurs Bisi Silva, Antawan I. Byrd et Yves Chatap pour l’exposition panafricaine baptisée cette année « Telling Time ».

Dans cet accrochage marqué par l’usage de l’archive et le regard dans le rétroviseur, quelques artistes sortent du lot, notamment le jeune Marocain Youssef Lahrichi dont Les Rêveries urbaines sont exposées sous une tente au musée national du Mali. Une œuvre simple et sans emphase, onirique et poétique, qui fut présentée en 2014 à la Fondation Alliances à Casablanca.

« la Biennale de Bamako va montrer que la vie continue »
Initiée en 2013, cette série de onze photos sonne comme une autobiographie pour ce jeune banquier de la BMCE, encore surpris de se voir qualifier d’artiste. Pour raconter son sentiment d’attraction-répulsion avec la ville de Casablanca, où il s’est établi en 2010, le natif de Fès a choisi un moment particulier, la rupture du jeûne lors du Ramadan, lorsque les rues de cette ville engorgée se vident et où le photographe peut poser son trépied en toute liberté.

Un moment de communion familiale et amicale, qui renforce encore plus la solitude du nouvel arrivant dans une capitale économique où, ignorant les codes, il se retrouve lost in translation. Chaque photo illustre sur le mode allégorique un chapitre de sa rencontre avec cette bouillonnante cité : son arrivée après des études d’ingénieur et un master de finance, sa recherche d’appartement puis d’un emploi, le mal du pays… On le découvre allongé sur le sol, enveloppé d’une couverture banche sur l’avenue longeant l’hôtel Hyatt.

Un autre cliché le présente assis en costume en pleine rue, en train de coucher ses pensées à la lumière de la bougie, visiblement nostalgique. Pour réaliser ces saynètes, le jeune homme ne dispose que de trois à cinq minutes avant que la nuit ne tombe. « Je n’ai plus que dix secondes pour prendre la pose entre le clic et le déclenchement », explique-t-il. L’exercice est rendu encore plus compliqué par sa propre pratique du jeûne.

« Je dois vraiment tout bien conceptualiser avant, préparer la composition et les accessoires, parce qu’après une journée sans boire ni manger je suis esquinté », sourit-il. Depuis, Youssef Lahrichi s’est engagé dans une nouvelle série mettant en scène sa propre mort. Une manière d’exorciser l’avenir après avoir purgé le passé ?

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