Grand prix de Bamako : Uche Okpa-Iroha recadre l’identité africaine


Parmi les candidatures de 800 photographes du continent africain et de la diaspora, c’est le photographe nigérian Uche Okpa-Iroha, 43 ans, qui a remporté ce lundi 2 novembre le prix Seydou Keïta, le prestigieux Grand prix des Rencontres de Bamako. Le jury de la 10e Biennale africaine de la photographie a décerné sept différents prix parmi les 39 artistes en sélection officielle qui exposent jusqu’au 31 décembre au musée national du Mali.

La dernière rencontre avec ce photographe nigérian qui vit et travaille à Lagos remonte à 2011. À l’époque, ce cofondateur du collectif photographique nigérian BlackBox et de la plateforme Nlele Institute (http://tniacp.org.ng/) avait montré ses photos à Paris. Des images « autres », des motifs étranges, avant de dévoiler que derrière ces hors-la-loi réfugiés dans des niches et des « cachettes » en plein milieu urbain de cette mégalopole assourdissante nommée Lagos se cachait lui-même, un Uche Okpa-Roha qui prenait la pose dans Finding Rest, de Lagos à Dakar, en solidarité avec les sans-riens africains.

Il y avait aussi Under the Bridge Life, des images captées sous un pont, un lieu triste et sombre traversé par un rayon de soleil qui avait scié les photos et leurs vies en deux. Toute la société nigériane était là, brisée en deux morceaux qui ne se recollaient pas : la lumière et l’ombre, le sol et le sous-sol, le ciel et la Terre... Des images avec lesquelles il avait remporté en 2009 le prix Seydou Keïta pour la meilleure création photographique. « Seydou Keïta est l’un des grands pères de la photographie africaine. Ce sont des gens que j’admire... »
Uche Okpa-Iroha crée une vision alternative de l’histoire
Quatre ans plus tard, le revoilà, un Uche Okpa-Iroha couronné par le Grand prix de Bamako 2015, l’une des prestigieuses récompenses que le continent africain est en mesure à donner à ses photographes de plus en plus nombreux, de plus en plus pertinents et de plus en plus visibles au niveau international.

« J’ai appris la photographie dans la rue... et ensuite l’humanité est devenue mon inspiration » explique Uche Okpa-Iroha saGrand prix de Bamako : Uche Okpa-Iroha recadre l’identité af... http://www.rfi.fr/afrique/20151103-grand-prix-rencontres-ba...
vocation. Aux Rencontres de Bamako 2015, il se détache avec une série de photos en noir et blanc, une vision du monde qu’il avait refusée auparavant. Au lieu de sa photographie de rue peuplée des damnés du monde, il exhibe une vision alternative du monde et de l’histoire. Car ses deux séries d’images exposées « traitent de la hiérarchie du pouvoir relatif à la question raciale et de l’hégémonie de la culture occidentale » explique la commissaire d’exposition et critique d’art Hansi Momodu-Gordon. Et comme dans Finding Rest, Uche Okpa-Iroha prend la pose et détourne l’image, mais pas n’importe laquelle. Dans The Plantation Boy, il s’introduit dans le film mythique de Francis Ford Coppola, Le Parrain, tourné en 1972, année de naissance du photographe.

Etablir une nouvelle identité africaine
À travers 40 photos et aussi des scènes reconstituées par la technologie numérique, il dénonce l’absence des Noirs dans les films hollywoodiens. Pour rendre visibles les représentations stéréotypées, il glisse un Noir à côté de Marlon Brando, Al Pacino et Diane Keaton pour agrémenter et questionner l’un des plus grands films dans l’histoire du cinéma. Et là où Francis Ford Coppola montrait le point de vue impitoyable de la mafia, c’est-à-dire des gangs familiaux comme une possible réponse à une société corrompue, Uche Okpa-Iroha n’hésite pas à s’approprier le cinéma mondial et l’imaginaire du cinéma pour établir une identité africaine qui n’accepte plus les interdits, les omissions, la mise à l’écart... et surtout, il œuvre à changer la donne.
Car, comme le metteur en scène congolais Dieudonné Niangouna dans sa pièce de théâtre Kung Fu (http://www.rfi.fr/afrique /20141001-kung-fu-dieudonne-niangouna-francophonies-limousin-probleme-theatre), le photographe nigérian Uche Okpa-Iroha s’attaque dans The Plantation Boy à une mémoire collective tronquée pour nous permettre de nous recréer nous-mêmes.

Les prix décernés lors de la 10e édition des Rencontres de Bamako
- Prix Seydou Keïta, Grand Prix des Rencontres de Bamako : Uche Okpa-Iroha / Nigeria - Prix du Jury, attribué au photographe « coup de coeur » :Lebohang Kganye & Simon Gush / Afrique du Sud - Prix du « Jeune photographe francophone », attribué par l’OIF : Aboubacar Traoré / Mali - Prix Fondation Blachère, en hommage à Goddy Leye : Simon Gush / Afrique du Sud - Tierney Bamako Award : Em’Kal Eyongakpa / Cameroun - Prix Léon l’Africain, attribué par Royal Air Maroc : George Senga / République Démocratique du Congo - Prix spécial, accordé par Lanchonette.org en partenariat avec Musagetes et Casa Tofiq à Sao Paolo : Lucia Nhamo / Zimbabwe

Par Siegfried Forster (/auteur/siegfried-forster/)

Institut Français
Ministère de la Culture de l’Artisanat et du Tourisme du Mali
© RENCONTRES DE BAMAKO