RENCONTRE PROFESSIONNELLE DE PHOTOGRAPHIE DE BAMAKO Ces artistes qui n’ont pas démérité


Dans le cadre des Rencontres photographiques de Bamako, une trentaine de photographes exposent leurs œuvres au Musée national, dont six photographes maliens. Qui sont-ils ?   

Noyau de la Biennale, l’exposition professionnelle constitue un site majeur pour explorer les complexités de la temporalité. Elle présente une large palette d’œuvres photographiques ou vidéographiques créées par des artistes du continent ou par des artistes issus de la diaspora.
Cette exposition se tient au Musée national. Parmi les 39 artistes qui exposent dans l’univers du Musée national, six sont Maliens. Ils ont pour noms : Seydou Camara, Emmanuel B. Daou, Moussa Kalapo, Aboubacar Traoré, Salif Traoré, Bakary Diallo (paix à son âme).
Aux cotés de leurs collègues africains et de la diaspora, les six photographes exposent des œuvres inédites. Des six artistes, un a reçu une récompense du jury des Rencontres. Il s’agit d’Aboubacar Traoré pour son œuvre : "Inchallah". Cette distinction d’Aboubacar ne veut nullement dire que les autres ont démérité.
La série les "Manuscrits de Tombouctou" de Seydou Camara enquête sur la production des manuscrits, sur la culture de leur diffusion et sur les exigences de leur conservation et de leur stockage. Il faut dire que lorsque les jihadistes ont envahi Tombouctou en 2013, ils ont notamment attaqué le patrimoine culturel de la ville : en pillant l’Institut Ahmed Baba, endommageant des livres de fonds de la bibliothèque.
Emmanuel B. Daou avec "Le temps Ebola" s’est penché sur l’épidémie du virus Ebola qui, en 2014, a touché plusieurs pays de la sous-région ouest-africaine. L’activité de photo journaliste de l’artiste apporte un éclairage particulièrement subtil quant à la frontière ténue dans la photographiques entre une véritable campagne sanitaire et une fiction.
Moussa Kalapo a choisi d’explorer dans sa série "La métaphore du temps". Il a invité des habitants bamakois à se raconter à travers une sélection de photographies anciennes qu’ils conservaient précieusement.
Aboubacar Traoré, qui a reçu le prix OIF des Rencontres internationales avec "Inchallah", utilise des images métaphoriques pour prendre position contre l’obscurantisme. Constituée d’images couleurs, elle illustre des situations dans lesquelles on voit évoluer des êtres d’apparence humaine, pour ce qui est de leur corps, mais dont la tête se résume à un casque d’un noir profond sans ouverture…
La série "Introspection" est le travail du jeune Salif Traoré. Le photographe a stratégiquement sélectionné des lieux qui ont une importance historique et qui, à travers une représentation photographique particulièrement, inspirent contemplation et réflexion.
Disparu en 2014 des suites d’un crash d’avion, Bakary Diallo avec ses multiples vidéo témoignent une vitalité singulière pour la mise en images et le récit d’histoires dont il portait la mémoire. Se servant d’éléments usuels de la société (citrons, riz, œufs et calebasses), le vidéaste porte dans "Dankumba" un regard sévère et pourtant juste dans les traditions maliennes et les superstitions qui l’imprégnèrent.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les Rencontres photographiques de Bamako ont rehaussé malgré 4 années d’interruption due à la crise.

Amadou Sidibé (Mali)

Institut Français
Ministère de la Culture de l’Artisanat et du Tourisme du Mali
© RENCONTRES DE BAMAKO