Entre émotion et satisfaction globale


Le verdict du jury des Rencontres photographiques de Bamako a consacrés à travers les cinq prix mis à compétition des artistes dont les travaux structurent des engagements certains pour la mémoire historique et le militantisme pour le progrès du continent.

Musée national de Bamako lundi 2 novembre 2015. Il est 16h. Fait assez rare ces derniers jours dans la capitale malienne, une pluie torrentielle s’abat sur le site assez typique du Musée. Du coup tous les photographes qui attendent depuis un moment la cérémonie de dévoilement du jury des Rencontres de Bamako prennent leurs appareils photos et se mettent à filmer la forte pluie qui fait ruisseler des eaux sur le toit du bâtiment principal du Musée nationale du Mali. Le photographe congolais Georges Senga fait partie de ces chasseurs d’images des eaux de la pluie. Et lorsqu’on lui demande s’il a l’intention de créer une œuvre avec toutes ces images photographiques qu’il vient
d’accumuler dans son impressionnant appareil photographique numérique sa réponse est nette : « La photographie est une construction d’images sur tout ce qui existe dans l’espace visuel humain. La pluie est un phénomène naturel qui intègre notre société. Et pourquoi pas, je pense qu’un travail pour célébrer la pluie dans vie sociale intégré au Mali est possible avec ces images. Il faisait chaud toute la journée. Vous avez vu la joie qu’il y a eu lorsque la pluie est arrivée avec sa fraicheur et son ruissellement d’eau sur les toits et les arbres ? C’est formidable en images photographiques ». Cet artiste qui mêle ainsi le récit poétique dans la construction de l’image photographique n’était le seul heureux de cet après-midi pluvieux bamakois au Musée Nationale du Mali. Et lorsque au bout d’une heure, la pluie s’arrête, laissant une atmosphère fraiche à la cérémonie de remise des prix des 10è Rencontres photographiques de Bamako, l’ambiance est conviviale certes pour l’ensemble des festivaliers des Rencontres. Mais elle est stressante pour les artistes photographes et vidéastes de l’exposition internationale de cette 10è édition des Rencontres photographiques de Bamako qui attendent le verdict des six membres du jury.
Parler au monde
Justement ce jury qui doit consacrer les 6 prix mis en compétition et dont fait partie entre autres notre compatriote camerounais Simon Njami, et la sénégalaise Ngone Fall, ancienne rédactrice en chef de « La Revue noire », a travaillé pendant trois jours en scrutant de fond en comble l’ensemble des œuvres de l’exposition internationale de Bamako 2015. La réalité est que le niveau de création de toutes ces œuvres photographiques de l’exposition internationale est incontestablement surélevé. C’est vrai qu’on peut ne pas être d’accord avec telle ou telles autres démarches et écriture photographique de certains artistes. Et les discussions qu’il y a eu pendant les ateliers et échanges thématiques que ce soit à la cinémathèque de du Musée nationale du Mali, où à l’auditorium de l’Institut français de Bamako, ont permis d’appréhender que à partir de la thématique de la 10è édition des Rencontres de Bamako, « Telling Time », inspiré du génie de la directrice artistique Bisi Silva, et de ses commissaires associés Antawan I. Byrd et Yves Chatap, les regards sont pluriels. Chaque œuvre a besoin de respect, ne serait-ce que pour la cogitation qui a permis son engendrement. Et à ce niveau, Bisi Silva a eu raison de dire aux artistes de l’exposition internationale de Bamako 2015, qu’ils ont tous gagnés et qu’ils sont tous primés. Un mot judicieux, lorsqu’on sait dès l’appel à candidature diffusé il y a à peu près un an par Samuel Sidibé, le délégué général des Rencontres photographiques de Bamako, les candidatures étaient nombreuses. Il a bien fallu que la direction artistique, et les commissaires associés procèdent à une sélection dont l’on peut prendre le risque de dire sans risque de se tromper de rigoureuse.
Ils sont donc 39 artistes photographes et vidéastes dont les œuvres envoutantes d’émotion sont inscrits dans le registre historique de l’exposition internationale de la 10è édition des Rencontres photographiques de Bamako. Le jury après concertation a décidé de primer 6 d’entre eux sur les 5 prix mis en affluence.
Récompenses référenciés
Ainsi, le Grand Prix Seydou Keita, qui la récompense la plus prestigieuse des Rencontres de Bamako a été attribué au photographe nigérian Uche Okpa-Iroha. Pas étonnant du tout lorsqu’on scrute le condensé de l’œuvre de cet artiste qui aura retenu l’esprit de bien de visiteur. En Effet, comme l’indique le commentaire du Jury » Uche Okpa-Iroha fait référence à des moments du film iconique « Le Parrain » de Francis Ford Copola de manière novatrice. Il s’en sert dans des scènes familières pour pervertir le système hollywoodien prévalant qui a exclu l’autre. Il met a nu le système de représentation du film, propose un rétablissement puissant de l’histoire et met en place une histoire alternative. « The Plantation Boy » fait clairement référence à la condition des africains américains et revendique une liberté en opposition à l’époque de l’esclavage. Nous reconnaissons l’importance et l’urgence de ce travail en relation avec la culture populaire et qui remet en cause la notion de pouvoir en pervertissant l’invisibilité des minorités dans l’industrie cinématographique. » Comme il fallait s’y attendre l’artiste a jubilé a dédié son prix à tous ses amis de Bamako et d’Afrique. Même exultation pour deux artistes, Lebohang Kganye, et Simon Gush, tous Sud-africains, qui vont partager le prix Coup de cœur du jury. Commentaire du jury « La vidéo de Simon Gush parle du monde du travail dans une manière distante et subtile en montrant un dimanche tranquille à Johannesburg. » Le moins qu’on puisse dire est que en choisissant une ville suractivée en temps normal, il souligne les signes et les symboles d’une activité que l’on ne peut voir, mais dont l’idéologie transparait à chaque image. Le photographe malien et enseignant de photographie, Aboubacar Traoré est le lauréat du prix de l’Organisation de la francophonie (OIF) de cette 10è édition des Rencontres de Bamako. « Son travail aborde avec subtilité et humour les tensions géopolitiques et religieuses qui secouent le Mali et menacent tout le Sahel. Ces individus casqués sans visages, telle une armée de fantômes ou de soldats, sont le reflet de nos propres peurs. Ce prix a en fait récompensé le courage d’un photographe qui utilise des images métaphoriques pour prendre position contre l’obscurantisme », nous indique le jury. Le prix Tierney Bamako a été attribué au vidéaste camerounais Em’Kal Eyongakpa. Ce natif du Nord-Ouest du Cameroun aborde le vécu, l’inconnu, ainsi que les histoires collectives, à travers un usage rituel de la compétition et de la transformation. Georges Senga, a reçu le prix de Royal Air Maroc. Originaire de la République démocratique du Congo, le photographe dans son œuvre « nous entraine dans un voyage mental à travers l’histoire en prenant pour symbole la figure mythique de Patrice Lumumba. Dans une hétéchronie pleine de poésie, il fait revivre le leader assassiné dans une incarnation contemporaine, comme pour nous signifier que les combats d’hier demeurent les combats d’aujourd’hui » Enfin la galaxie des prix des Rencontres 2015 s’achève par le prix Lanchonete.org, qui est allé à Lucia Nhamo du Zimbabwe, pour une vidéo qui compte l’histoire contemporaine de son pays natal, par rapport aux questions que se pose le monde entier.
Au final Samuel Sidibé, le délégué général aux Rencontres photographiques de Bamako peut bien pavoiser. Le résultat d’un travail de long mois vient de voir fleurir les roses.

Jean François CHANNON DENWO (Cameroun)

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